Les belles promesses faites aux pêcheurs

Port Joinville - bateaux de pêche
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La destruction des fonds marins pendant les années de construction, les champs électromagnétiques autour des cables électriques, les vibrations des éoliennes transmises au socle rocheux et au sable qui le recouvre : quelles conséquences pour la vie marine, et donc pour la pêche ? Les câbles électriques, ou les empilements de roches qui les maintiennent en place, sont autant d’obstacles sur lesquels s’accrochent filets, palangres etc… et ce jusqu’à la côte * .

* Plainte des pêcheurs près du parc éolien de Greater Gabbard, en Angleterre

* Difficultés pour la pêche au London Array, en Angleterre . Et aussi danger en cas de mauvaise visibilité, d’autant que les radars sont très imprécis à causes des ondes électromagnétiques émises par les éoliennes. En effet, chacune d’entre elles est représentée par une tache oblongue d’environ 1 km sur l’écran radar, donc sa position est très vague. De plus, l’image radar d’un autre bateau peut se confondre avec l’image démesurée d’une éolienne. D’où le danger de collision par brouillard ou mauvais temps. Et ces jours-là, les équipes de sauvetages seront à peu près impuissantes pour intervenir dans le parc éolien, pour les mêmes raisons.

* La pêche est permise entre les éoliennes en Angleterre, mais il y a danger, et beaucoup de marins-pêcheurs abandonnent ces zones de pêche.

Au Danemark, comme en Allemagne et aux Pays-Bas, les parcs éoliens offshore sont carrément interdits aux pêcheurs :
« The benthic community inside the wind farm area might indirectly be affected by the termination of fishing activities ».
Traduction : « La communauté benthique (lisez: la vie sur les fonds marins) à l’intérieur de la zone du parc éolien est sans doute affectée (favorablement – ndlr) par la fin des activités de pêche. »
Étude officielle danoise sur les parcs éoliens en mer, page 61

On trouve aussi, à la page 78 de la même étude : « the areas within and immediately around the wind farm effectively constitute a marine protected area in which fishing is restricted. »
Traduction : « les zones à l’intérieur et en bordure du parc éolien constituent effectivement une zone marine protégée dans laquelle la pêche est interdite. »

Marins-pêcheurs, soyez donc bien conscients que les belles promesses qu’on vous a faites ne sont que cela : des promesses. Et comme pour les emplois (1), les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

D’ailleurs, les marins-pêcheurs du Tréport sont fermement opposés à un projet éolien en mer similaire au nôtre : voir leur pétition à la fin de cet article (2). Que savent-ils que les marins-pêcheurs de l’île d’Yeu ignorent ? Le proverbial miroir aux alouettes marche à fond chez nous.

Voyez aussi ce que dit la très sérieuse Autorité environnementale (AE), selon le Canard enchaîné (eh oui, car la presse « godillot » nous cache tout ce qui dérangerait les plans de notre très cher gouvernement): « dans trois avis portant sur les parcs éoliens, rendus entre mars et juin, elle recale les études d’impact « insuffisantes » pondues par EDF Energies nouvelles. Et qui ne peuvent que l’être, vu qu’il manque les données scientifiques pour les réaliser… »le Canard enchaîné, 22 juillet 2015.

Autre chose : personne ne peut prévoir l’effet sur le déplacement du sable le long des côtes. En effet, 62 monstres d’acier de 8 mètres de diamètre plantés sur les hauts fonds, sur une surface équivalente à trois fois l’île d’Yeu, influeront sur ces déplacements et sur bien d’autres choses encore. Comme dit l’AE ci-dessus: il manque les données scientifiques pour réaliser les études d’impact. Peut on faire confiance aux bureaux d’études payés par les puissantes sociétés éoliennes qui rendent invariablement des avis favorables ? Non, certainement pas. Le conflit d’intérêt des bureaux d’études est ÉVIDENT. Ceci est aussi valable pour les scientifiques qui travaillent pour l’Etat ( celui-ci étant fortement engagé pour l’éolien ). Idem d’ailleurs pour la LPO, qui bénéficie de nombreux contrats pour conduire des études ayant un rapport avec les éoliennes, sans compter les donations de la part des intérêts éoliens, dont on ignore l’existence et surtout les montants. Il y a peu de transparence à ce sujet. Pour son homologue espagnol, SEO-Birdlife, je me suis laissé dire par une source bien informée que ces dernières constituaient 25% de son budget. Peu de temps après ce scandale, le Directeur général a quitté ses fonctions. Pour être crédible, la LPO devrait publier la liste de ses donateurs pour les sommes supérieures à 100 euros, pour ces 15 dernières années.

Revenons au retour d’expérience anglais, puisque le maître d’ouvrage s’appuie sur l’exemple de la Grande Bretagne : « … pour la plupart des pêcheurs, il est difficile de travailler dans ou a proximité d’un parc éolien … l’impact des parcs éoliens sur les stocks de poisson et l’environnement marin est largement inconnu. »
… fishing in and near wind farms is difficult…

En France, le Comité National des Pêches (CNPMEM) confirme :
De nouvelles contraintes pour les pêcheurs professionnels
« Le déploiement des EMR présente des contraintes pour les activités de pêche, en termes de perte de zones de pêche ( dans le cas où la cohabitation entre activités ne serait pas possible, notamment pour des questions de sécurité ), avec nécessité de se reporter sur d’autres zones ou d’autres pêcheries, ce qui occasionne des difficultés : concentration de l’activité dans certaines zones, augmentation des coûts en carburant, problème de disponibilité des quotas, adaptation des engins de pêche, etc. D’autre part, l’implantation des EMR et ouvrages connexes ( câbles de raccordements, unités de stockage ) présente des conséquences en termes de dégradation et modification des habitats marins, pouvant avoir des répercussions négatives sur les populations halieutiques à l’intérieur et à proximité des sites d’EMR. »

Puis le CNPMEM se veut rassurant : « Pour les pêcheurs, ce peut être l’opportunité d’acquérir des connaissances scientifiques sur le milieu et les espèces halieutiques dans une zone donnée, …  » – Ça leur fera une belle jambe, s’ils ne peuvent plus y pêcher sans danger !
« …obtenir un appui à la mise en place de projets de pêche ou d’aquaculture durable, des possibilités de diversification dans des activités de maintenance, etc. » – Autrement dit : marin-pêcheurs, vous feriez mieux de vous reconvertir dans la maintenance d’éoliennes…
http://www.comite-peches.fr/peche-monde-maritime/energies-marines-renouvelables/

D’ailleurs José Jouneau, président du Comité régional des Pêches des Pays de la Loire, l’a avoué : « Encore des contraintes supplémentaires. Une diminution de la zone de pêche » ( Ceci au sujet du projet au sud de l’île d’Yeu, mais c’est tout aussi valable pour les autres ) :

 

José Jouneau - EMR réduit les zones de pêche
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Il le dit également ici : « Devons-nous en conclure que pour développer une nouvelle activité sans doute pleine d’avenir mais également pleine d’interrogations, nous devons détruire une activité plus ancienne et qui de plus fait partie de notre patrimoine commun et historique ? » Mais son opinion ne l’empêche pas d’approuver le projet Noirmoutier – Île d’Yeu. Dans ces circonstances, on ne peut que se demander quelle a été la compensation offerte, et si tous les marins-pêcheurs en bénécifieront.
José Jouneau prêt à suicider sa profession ?

Quant à nous tous, consommateurs français, attendons nous à voir le prix du poisson sauvage, des crustacés et autres produits de la mer grimper en flèche, comme s’ils n’étaient pas assez cher !

Et ce n’est pas tout. Si nous ne stoppons pas ce projet, voici ce qui nous attend :
« Après Guérande et les îles de Noirmoutier et Yeu, une étude est lancée pour la construction d’un 3e champ d’éoliennes en mer au large des Sables (d’Olonne, également en vue de l’île d’Yeu – ndlr). Après le comité régional des pêcheurs, le conseil général s’y oppose. » – On connait ça : opposition au début, histoire de négocier en position de force, puis le lobbying, l’argent, entrent en jeu…
« On parle aussi d’éventuelles extensions du premier site entre l’île d’Yeu et Noirmoutier. »


A BON ENTENDEUR, SALUT!

Renvois :

1 – Un débat public houleux

2 – Pétition des marins-pêcheurs du Tréport




L’île d’Yeu, lumière et beauté.






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2 réflexions au sujet de « Les belles promesses faites aux pêcheurs »

  1. Siguier ghislaine

    Je suis surprise que vous ne parliez pas du petit tremblement de terre au large de St-Nazaire qui a eu lieu il y a quelques jours. Ce n’est pas la première fois que cela se produit, ce phénomène a-t-il été pris en compte par les bureaux d’études ?
    Il est évident qu’avec une telle concentration de turbines d’une telle puissante, il sera impossible, sans même la nécessité d’une interdiction légale, d’aller pêcher dans cette zone. Elle sera trop encombrée de câbles sous-marins et surtout ce sera l’enfer au niveau du bruit et des infrasons.
    Je ne suis victime que de 4 éoliennes de 2 MW à 1020 m de mon domicile et c’est déjà l’enfer, pendant ce mois de juillet je n’ai passé que 7 nuits entièrement blanches, grâce aux conditions anticycloniques. Dormir 3 à 4 heures est un record ! Il y aura bientôt 7 ans que je vis ce calvaire et nul ne m’a trouvé de solution, c’est la raison pour laquelle je témoigne, et que je m’insurge contre cette énergie qui ne respecte rien, ni le milieu ni l’humain. Sans compter qu’elle ne sert à rien puisque vantée réduire notre production de CO2 dont notre production électrique est exempte !
    Quel est le bilan carbone d’une éolienne ? A-t-on calculé l’énergie pour extraire les terres rares ? (en employant des enfants aptes à se glisser dans des boyaux non sécurisés et payés : 1 beignet ! (reportage au printemps à la télévision concernant les téléphones portables, mais pour les terres rares elles se trouvent dans des pays où l’on ne s’encombre pas de lois sur le travail ou sociales !!!)
    Ensuite la quantité d’énergie pour la fabrication des machines, leur transport, leur mise en oeuvre…
    Mais c’est vrai qu’une fois plantées ces machines gigantesques donnent bonne conscience à certains ! Ce sont les totems de la nouvelle religion écologiste, elles évitent de remettre en cause notre mode de vie.
    Concernant les pêcheurs j’ai du mal à imaginer qu’ils se rendront dans cette usine éolienne de leur plein gré ! Ils devront contourner et aller pêcher plus loin ! A supposer bien sûr que les vibrations n’aient pas chassé tout ce qui vivait là. Qui vivra verra.
    Bonne chance pour le combat, une île est une terre d’exception, il faut la préserver.

    Répondre
  2. Ping : L' île d' Yeu

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